Critique : Maglor – Call of the Forest (2012) MaglorCall of the Forest
Tracklist:
  1. The Meeting of Land and Water
  2. Skoger av Døden
  3. Summoned
  4. Under the Night Sky
  5. Endless I Wander
  6. Call of the Forest

Details


Genre :
Label :
Pays :
Format :
Date : 2012/06/09

Pour m’accrocher, le metal folklorique ambiant doit être en mesure de m’avaler comme une tempête hivernale, de couper tous les liens avec la réalité et de m’emporter très loin dans un univers fantaisiste.

Les Calgariens de Maglor le font avec brio. On peut décrire leur musique sous l’étiquette du metal païen (pagan metal), car elle se situe quelque part à la limite entre le black metal, avec sa musique crue imprégnée de thèmes nordiques, et le metal folklorique, comme en témoignent les arrangements et les nombreux instruments. Avec sa référence à Tolkien d’une part, et de l’autre les Rocheuses canadiennes comme toile de fond, Call of the Forest est une invitation magnétique à se perdre dans la majestueuse immensité des paysages sauvages, une force invisible et puissante qui attire l’auditeur vers de lointains horizons – en d’autres mots, une expérience qui vous transporte.

Parmi les différents personnages que nous retrouvons sur ce parcours de 50 minutes se trouvent le vent glacial de la montagne, l’hurlement des loups et les lamentations des esprits de la nature. Ceux-ci ne sont que quelques unes des différentes ambiances qui sont utilisées à travers les 4 chansons (dont 3 de plus de 11 minutes) et 2 intermèdes. L’album débute avec « The Meeting of Land and Water », un pot-pourri de sons qui dépeint une nature agitée et qui annonce la principale caractéristique de l’album : de la première chanson à la dernière, chacune est logée dans une ambiance enveloppante. Suit « Skoger av Døden », une pièce qui donne le ton de l’album. Traduit du Norvégien par « Forêt de la mort », nous comprenons de quoi le voyage sera fait, c’est-à-dire des voix black metal, des guitares dont le son se loge davantage parmi les moyennes et hautes fréquences, des accords simples, et des partitions de batterie très orchestrées qui rejoignent les nombreux arrangements aux claviers. Cette chanson offre également un peu de chants vikings (pensez à du vieux Enslaved), question de réchauffer l’atmosphère. À ce moment précis, nous savons qu’il y a quelque chose au-delà de l’utilisation du black metal – quoique d’origines semblables – et il s’agit d’influences folkloriques scandinaves.

L’épique « Summoned » suit, avec une longueur de près de 14 minutes. Sur des airs occultes et des airs de flûte, nous plongeons profondément dans l’univers de Maglor, un monde texturé de divers instruments, où le groupe prend son temps pour nous transporter tranquillement à travers les structures des chansons. Celle-ci se termine par une jolie mélodie de guitare et d’autres instruments folkloriques (… qui me rappellent le film Braveheart!). Le périple se poursuit avec « Under the Night Sky », un intermède qui se démarque du reste de l’album par sa forte teneur en ingrédients générés par ordinateur, et qui pourrait tout aussi bien pu servir de trame sonore à un jeu vidéo ou à un film fantastique. « Endless I Wander » sonne comme une valse death metal et possède quelques passages de guitare acoustique qui me rappelle les arrangements sur les premiers albums d’Absu. Call of the Forest termine avec la pièce titre, un autre long morceau épique. Cette chanson débute avec des claviers qui prennent la place des guitares et dominent l’ambiance générale, comme la force indomptable de Mère Nature. Graduellement les guitares s’ajoutent, les voix black metal nonchalantes s’y superposent, étant à la fois froides et lourdes comme le poids de la neige, tandis que Maglor continue à jouer soigneusement avec des variations, offrant une courte éclaircie autour des 8 minutes, mais terminant ultimement le voyage avec grandeur.

Les forces de Call of the Forest reposent sur ses arrangements. Les claviers et les instruments folkloriques générés par ordinateur représentent une épaisse couche déposée sur la musique, comme des pieds de neige compacte sur des terres montagneuses. Il y a beaucoup plus de claviers que sur votre metal typique, mais cette exagération est utile : avec le rythme aéré de l’album, les claviers forment le fil invisible qui relie les pièces et qui définit l’ambiance générale. C’est froid, très froid, comme en témoigne le son presque cru de la guitare typique du black metal et les croassements de la voix. Si l’enveloppe est noire, le contenu est une palette de tons de gris. Je réfèrerai de nouveau à une tempête hivernale, où les rayons du soleil ne traversent pas tout à fait cette musique, mais où nous devinons néanmoins sa clarté à travers différentes couches. Il va sans dire que les instruments folkloriques amènent eux aussi une touche plus claire à la musique.

Je n’aurais qu’une seule critique au sujet de Call of the Forest et il s’agit de la batterie programmée. Celle-ci se démarque négativement de la toile créée par la texture des guitares, la pureté des voix black metal, ainsi que les épaisseurs de clavier. Tandis que toute cette tempête musicale semble poussée par les forces de la nature, mon attention ne cesse d’être dérangée par la batterie sophistiquée qui trône au premier plan. Comprenez-moi bien, je ne condamne pas la programmation de cet instrument, car les partitions sont excellentes, mais j’aurais préféré qu’au niveau de la production le son de la batterie soit plus complémentaire à celui des autres instruments.

En somme, je ne pense pas que Call of the Forest plaira à tous, mais j’ai grandement apprécié m’y plonger et y reviendrai de temps à autre. Cet album produit chez moi le même genre d’effet que les premiers albums de Bathory : dans un univers lointain, différents genres de metal se marient à merveille pour révéler un voyage intemporel.  Avec un accent porté sur les ambiances, Call of the Forest me rappelle Eldensky (un autre projet musical de Beren Tol Galen, membre de Maglor), le groupe montréalais Transcendence ou quelques groupes de black metal américains contemporains, plus particulièrement le groupe Falls of Rauros du Maine. Pour un premier album, c’est à la fois bien fait et bien joué, et j’espère qu’il y aura une suite.

Ce message est également disponible en : Anglais



No Response

Laisser un commentaire


Pas de commentaire..

Laisser un commentaire

*