Critique : Halberd – Remnants of Crumbling Empires (2014) HalberdRemnants of Crumbling Empires
Tracklist:
  1. Northern Bloodletting
  2. Barghash's Poison
  3. Ignorance of Morbidity
  4. Dead Horses Cavalry

Details


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Date : 2014/07/05

L’histoire débute lentement, très lentement. Une guitare, aigre, très laide et pleine de douleur, traîne un air death-doom avec une production presque old-school death metal. Puis, la batterie et la voix se mettent de la partie avec un fond de claviers très discrets, le tout intoxiqué de reverb. Bien qu’à la base les accords de “Northern Bloodletting” semblent simples et presque minimalistes, c’est dans les arrangements que la pièce prend forme: une progression, un nouvel air de guitare, puis Halberd accélère la cadence, nous foudroyant bientôt de blastbeats bien sentis.

Halberd est un nouveau groupe international, formé de musiciens et collaborateurs maintenant installés au Canada, en Angleterre et en Colombie. Grâce à la technologie d’aujourd’hui qui facilite la création, l’enregistrement et le partage de fichiers, Halberd est un autre de ces groupes qui défoncent les barrières traditionnelles des ”groupes” afin de prouver l’internationalisme du metal et, surtout, l’absence de limites. Ceci permet une grande liberté, mais peut également s’avérer problématique dans certains projets collectifs, notamment au niveau des spectacles ou même des photos de groupe – nous n’avons qu’à penser au groupe Culted, qui comprend des membres de la Suède et du Canada, et qui ne se sont jamais rencontrés même après trois disques. Ceci étant dit, en 2014 toute formation musicale n’a pas besoin de faire des spectacles et peut aussi bien se limiter à évoluer dans le monde virtuel uniquement.

J’ai mentionné plus tôt les qualités très texturées de la guitare, mais j’insisterais sur l’efficacité de leurs airs. Maîtrisées par Charles Wong et Andrés Felipe Murillo, elles savent tantôt ralentir la cadence pour se positionner dans le paysage doom-death, tantôt accélérer pour rejoindre l’univers death metal, et elles offrent une structure de chansons à la fois diversifiées et captivantes. Sur Remnants of Crumbling Empires, on n’a pas l’impression d’avoir affaire à du remplissage et même les moments les plus vides et les plus répétitifs possèdent de savoureuses qualités.

Toujours au niveau de l’instrumentation, deux autres points ont attiré mon attention. D’abord, la batterie est programmée, mais contrairement à beaucoup d’albums où on sent qu’elle possède une âme de PC, ici elle sonne parfaitement naturelle, à quelques exceptions près, en partie grâce à la production qui ne la place pas au premier plan. Ensuite, la voix m’a particulièrement ravi. J’ignore si Alexandre Ferland a déjà joué dans d’autres formations sérieuses, mais sa performance sur Remnants of Crumbling Empires est impeccable. Ses cris gutturaux sont riches, colorés et puissants, ajoutant ainsi beaucoup de personnalité à Halberd. Par ailleurs, ses textes sont principalement en anglais, mais il offre quelques passages en français et en allemand, ce qui rajoute au mélange d’accents et de textures vocales sur l’album.

Alors que Remnants of Crumbling Empires contient déjà une panoplie de bons ingrédients, ce qui l’élève au-dessus de la mêlée est, à mon sens, la direction artistique. Halberd possède cette atmosphère très sinistre et très captivante, de laquelle on ne peut s’échapper avant d’avoir terminé l’écoute de l’album en entier. Les moments les plus brutaux me rappellent Incantation, avec des guitares sales et brutales, tandis que les moments les plus calmes me font penser à Evoken, avec des guitares claires noyées dans le reverb typique d’une Batcave. Le son de l’album au complet a été mariné dans un bain de noirceur, les arrangements ont été particulièrement étudiés et, avec un grand contrôle, on leur a injecté divers effets. C’est menaçant et inquiétant. Les paroles, écrites en majeure partie par Antoine Richard, sont tout aussi obscures: se penchant sur différents conflits ou batailles de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe siècle, elles nous racontent de manière épique et avec grands détails comment ces sanglants passages ont eu lieu. Nous comprenons à présent mieux l’illustration de la pochette, où un groupe de cavaliers (dont l’un d’eux tient une hallebarde) quitte les ruines dévorées par les flammes et la mort.

Pour revenir à la musique, celle-ci se divise en quatre chansons, pour une longueur totale de 41 minutes. L’excellente ”Northern Bloodletting” ouvre la marche, tel que mentionné plus tôt, enchaînée par “Barghash’s Poison”, une pièce vindicative qui ne nous laisse reprendre notre souffle que pour nous assener d’une nouvelle attaque sur le flanc. Avec des durées respectives de 8 min 52 et 5 min 10, elles teintent l’album d’un style qui est relativement constant jusque là – alternant entre doom-death et death metal old school - mais voilà qu’Halberd nous balance ”Ignorance of Morbidity”, une descente aux enfers de 11 min 52 dans les tranchées de l’empire germanique. Ici, on nous offre une dose pondérée d’airs plus lents et d’ambiance vaporeuse, le passage à une cadence minimaliste, du piccolo picking, et une structure musicale qui s’étire vers l’horizon, répétant avec un résultat mélodique cette atmosphère froide comme le soleil couchant sur un jour d’automne.

Au-delà des riffs et de l’atmosphère, le rythme de l’album est un autre point qui a retenu mon attention. Les enchaînements entre les pièces sont si efficaces qu’ils semblent avoir été planifiés au moment de l’écriture des chansons. Alors que la pièce “Ignorance of Morbidity” aurait très bien pu terminer l’album (elle semble être faite pour terminer en beauté), le groupe nous ramène un quatrième morceau, “Dead Horses Cavalry”, de 15 min 12. Celui-ci débute abruptement et sans crier garde, puis conserve un air d’aller oppressant qui me rappelle Blood of Kingu ou Hate Forest, évolue vers un mélange de ce que Halberd nous a présenté plus tôt, puis termine l’album par des accords mélodiques. On semble presque reconnaître les influences d’un millier d’autres groupes metal en général à travers cette dernière chanson, mais, grâce à des arrangements et à l’atmosphère générale de l’album, nulle distraction ne nous met en déroute et on revient toujours à apprécier Remnants of Crumbling Empires pour ses qualités propres.

Un fait intéressant dans la biographie du groupe, tous collaborent à Metal-Archives.com. Est-ce que cette connexion pourrait mener aveuglément les critiques à applaudir cet album? Je ne pense pas, car le groupe possède des qualités véritablement remarquables.

Pour conclure, peut-être grâce à leur esprit critique et à leurs vastes connaissance de la musique, les membres d’Halberd ont su mettre en commun le meilleur de leurs influences pour créer une musique supérieure à la moyenne. En somme, j’irais jusqu’à dire que Halberd a réussit un tour de force et qu’il nous montre comment peut se construire un chef d’œuvre. La seule faiblesse que je vois en ce moment est le fait que cet album ne possède pas encore de format physique, laissant ainsi l’impression d’être inachevé.

Ce message est également disponible en : Anglais



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